Mise en avant

L’appel

J’accueille l’étranger

Un peu partout en Europe, des partis fascisants promeuvent la haine de l’étranger. Ils prospèrent sur la faillite politique et morale de partis traditionnels qui croient les concurrencer en les imitant. En France comme ailleurs, un grand nombre de personnes accueillent et aident les exilés qui y sont parvenus, souvent en fuyant des violences et des crises dans lesquelles notre pays a, comme d’autres, de lourdes responsabilités. Partout où la rencontre avec les étrangers est rendue possible, partout où on ne les rend pas invisibles, où on ne tente pas de les priver de leur humanité par des maltraitances multiples et attestées, c’est la rencontre et l’amitié qui triomphent malgré des conditions souvent hostiles. D’autres, plus nombreux encore, souhaiteraient participer à cet accueil mais n’ont pas encore trouvé les moyens de le faire.

À chacun de nous de manifester, s’il ou elle le souhaite, que nous avons choisi le chemin de l’accueil de l’étranger. Il y aura mille façons de faire, mais nous vous en proposons une qui nous rendra visible comme peuple de l’accueil. Nous vous appelons, à porter, à partir du mardi 3 juillet 2018, un signe dont nous allons organiser, avec votre aide, la disponibilité massive. Il existera sous forme de badge et d’autocollant avec deux variantes, une avec un simple logo, et l’autre avec ce même logo et le slogan « j’accueille l’étranger ». Ce n’est pas le premier signe qui vise ce but et nous saluons tous ceux qui l’ont précédé, mais ne ratez pas cette occasion. Il ne s’agit pas d’une action ponctuelle, le 3 juillet 2018 n’est que le premier jour de ce qui doit être une manifestation continue du peuple de l’accueil.

Continuer la lecture de « L’appel »

Participez au rassemblement organisé par le collectif Accueil de merde

J’accueille l’étranger participera au rassemblement organisé par le collectif Accueil de merde devant le siège de la Croix Rouge (127 rue Didot, 75014) vendredi 23 novembre à 16h. Nous vous invitons à vous y rendre nombreux tant le DEMIE opéré par la Croix Rouge a été un nœud névralgique de la maltraitance des mineurs isolés à Paris. Nous reproduisons ci-dessous le communiqué de presse. Le rassemblement est autorisé par la Préfecture.


Des mineur.es dorment à la rue, ça vous choque ? Nous aussi !

Un.e mineur.e qui arrive sur le sol français doit être protégé.e en vertu de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant et de la loi sur la protection de l’enfance. Concernant les mineur.es exilé.es, les services départementaux comptent des antennes dédiées, spécifiques à ce public, chargées d’évaluer l’isolement des jeunes et leur minorité.
A Paris, l’ASE (Aide Sociale à l’Enfance) délègue à la Croix Rouge, via le DEMIE (Dispositif d’Evaluation des Mineurs Isolés Etrangers) « les modalités de l’évaluation de la minorité et de l’isolement familial des personnes se déclarant mineur.e.s privé.e.s temporairement ou définitivement de la protection de leur famille » (arrêté du 17/11/16) : en réalité, ce dispositif met en place des routines de gestion des flux et des arrivées migratoires en dénaturant entièrement les textes de protection de l’enfance en danger. La Croix Rouge rejette en effet, selon les chiffres officiels de la mairie de Paris, environ 70% des demandes de jeunes à une protection.
Dans les faits, les exemples de pratiques illégales sont nombreux :
La Croix rouge ne respecte pas la loi, et contribue à refuser la protection à un public extrêmement vulnérable, contraint alors de passer plusieurs mois dans la rue.
Les évaluations sont souvent expéditives, effectuées par une seule personne sans qualification particulière. On constate également de nombreux rejets au faciès, la non application du principe de présomption de minorité, et parfois l’absence de mise à l’abri d’urgence. Les motifs de refus sont fréquemment impersonnels et stéréotypés, tels que « vous avez fait preuve lors de votre voyage d’une maturité qui ne correspond pas à celle d’un mineur ». Par ailleurs, s’y développent des traitements dégradants à l’égard des personnes sollicitant la protection des services de l’Aide Sociale à l’Enfance.
Dans ce contexte désastreux, ce sont des citoyen.nes qui font le choix de fournir le gite, le couvert, la vêture, l’accompagnement vers la scolarité et l’accès aux soins à ces jeunes, assurant ainsi une mission de service public à la place de l’Etat, lui-même défaillant.
Par notre action nous voulons montrer que nous nous opposons aux pratiques discriminatoires de la Croix-Rouge, déléguée par l’Etat et le département, qui mettent en danger des personnes extrêmement vulnérables, les mineur.es isolé.es étranger.es !

Signataires : Paris d’Exil ; la Timmy (Team Mineurs Isolés Paris) ; Les Midis du Mie; J’accueille l’étranger; Thé et Café pour les Réfugiés.

Quelques exemples d’usage des badges

Outre leur principal but, qui est de rendre visible la pratique de l’accueil et le soutien à son principe, les badges permettent de soutenir des actions concrètes d’aide. À diverses occasions, des groupes ont diffusé les badges en les vendant à prix libre ou fixe, les bénéfices par rapport au prix de revient des badges étant attribués à une association, un collectif ou une action. Voici quelques exemples de ces actions :

Contexte Modalité Bénéficiaire Sommes collectées
Avant-premières et première du film Libre en région parisienne Prix libre École associative Kolone 532 €
Rassemblement en soutien à l’Aquarius à Paris Prix libre Thé et café pour les réfugiés

SOS Méditerranée

333 €

340 €

Loire-Atlantique Prix fixe de soutien 5 € : 369 badges et autocollants vendus en 3 mois Soutien à la scolarité d’un jeune Guinéen majeur admis en classe de CAP en lycée professionnel 1753 €

N’hésitez pas à nous faire part de vos actions similaires.

À l’occasion de la sortie du film Libre

Nous étions présents ces trois derniers jours dans deux avant-premières et la première du film Libre de Michel Toesca consacré aux actions de Cédric Herrou (signataire de l’appel J’accueille l’étranger) pour l’accueil des réfugiés dans la vallée de la Roya. Nous le remercions ainsi que Jour2fête, le réalisateur et les salles du Méliès à Montreuil, des 7 Parnassiens et du mk2 quai de Seine pour leur accueil.

CH et MT devant le film
Cédric Herrou dans le cadre et dans la salle avec Michel Toesca – Photo Edwy Plenel

Nous avons pu diffuser plus de 300 badges au public dont les contributions au-delà du prix de revient des badges ont permis de récolter plus de 500 € au profit de l’école associative Kolone qui donne des cours et organise des activités culturelles pour les jeunes étrangers nouvellement arrivés en France.

Michel Toesca
Le réalisateur sourit encore à son XXXième débat d’après-film

Si à l’occasion d’événements ou d’activités vous souhaitez organiser des actions similaires (vente à prix libre des badges au profit d’un collectif ou association locale, explication de la campagne), nous pouvons vous fournir un soutien logistique.

Home

Warsan Shire est une poète somalie et britannique dont les parents s’étaient réfugiés au Kenya. Elle a grandi au Royaume-Uni. Les éditions Isabelle Sauvage ont publié une traduction par Sika Fakambi de son recueil Teaching my mother how to give birth sous le titre de Où j’apprends à ma mère à donner naissance. Le poème Home a été publié dans divers sites dans une traduction (avec quelques omissions) de Paul Tanguy. En voici une nouvelle traduction.


HOME

home1)   NdT : j’ai renoncé à traduire plusieurs occurrences du mot home, dont la polysémie ne peut être rendue en français que par « chez soi » qui aboutissait souvent à des lourdeurs inacceptables., personne n’en part à moins
que ce soit devenu la mâchoire d’un requin
on ne court vers la frontière
qu’en voyant toute la ville s’y ruer

tes voisins courent plus vite que toi
le sang de leur souffle dans leur gorge
le garçon avec qui tu es allée à l’école
qui t’a embrassée jusqu’au vertige derrière la vieille usine d’étain
tient un fusil plus grand que lui
on ne part de son chez soi
que quand il ne vous laisse plus rester.

home, personne n’en part à moins qu’il vous chasse
le feu sous les pieds
le sang chaud dans ton ventre
tu n’avais jamais pensé à le quitter
jusqu’à la brûlure de la lame
sur ton cou
et même alors tu as emporté l’hymne national
dans ton souffle
ce n’est qu’en déchirant ton passeport dans les toilettes de l’aéroport
un sanglot à chaque bouchée de papier
que tu as su que tu ne reviendrais pas
Continuer la lecture de « Home »

References   [ + ]

1.    NdT : j’ai renoncé à traduire plusieurs occurrences du mot home, dont la polysémie ne peut être rendue en français que par « chez soi » qui aboutissait souvent à des lourdeurs inacceptables.

Sauvons le modèle de Riace – Roberto Saviano

Avec la permission de l’auteur, nous publions ici une traduction d’un texte majeur de Roberto Saviano sur l’accueil des migrants à Riace en Calabre paru dans La Repubblica du 26 août 2018. Traduction : Philippe Aigrain.


Sauvons le modèle de Riace, le village où l’Italie se reconstruit par l’accueil

Roberto Saviano à Riace
Roberto Saviano dans un débat à Riace

Allez à Riace ! Ce qui s’y est passé depuis des années doit être vu avec ses propres rétines, écouté avec ses propres tympans, accueilli dans ses propres bras. Je pourrais vous en dire plus… mais allez à Riace. Il faut remplir ses poumons de l’air qu’on y respire. Le modèle de Riace est une cathédrale de la liberté qui s’est greffée sur un désert et l’a rendu prospère. Faites une liste de tous les arguments utilisés dans la propagande politique ces dernières années, alignez-les : les immigrants nous envahissent, ils nous apportent des maladies, ils volent l’emploi des travailleurs, ils deviendront des esclaves, ils formeront le terreau du crime, les centres d’accueil ne servent qu’à enrichir les mafias.

On considérera un jour ces arguments avec la stupeur indignée qui saisit les étudiants quand ils découvrent l’apartheid, qu’il fut un temps où blancs et noirs avaient des bains séparés, où dans les trams il y avait un espace pour les blancs interdit aux noirs. Mais nous ne sommes pas encore dans ce futur, il appartient à notre génération de démentir les mensonges souverainistes et populistes, de le faire avec force et constance, sans crainte de s’engager. Et à Riace, nous avons la preuve que leurs affirmations sont fausses :

  1. À Riace, les migrants sont arrivés et ils ont revivifié un territoire désertifié.
  2. Ils n’ont pas propagé d’épidémies, et au contraire ils ont aidé à rendre le territoire plus salubre en bonifiant les terres et en réhabilitant des maisons humides, en y apportant une vie nouvelle et saine et en aidant les personnes âgées en difficulté.
  3. Ils n’ont pas détruit d’emplois, mais au contraire en ont généré. Des écoles, des restaurants, des laboratoires ont rouvert dans lesquels sont employés beaucoup d’italiens.
  4. Ils n’ont pas été confinés dans un ghetto et ne sont pas devenus une main d’œuvre pour les mafias.
  5. Les bateaux qui les ont sauvés les ont rendus à la vie et à Riace, ils ne sont pas insérés dans les filières des camps de travailleurs illégaux.
  6. Ils n’ont pas remplacé la population et leur arrivée a coïncidé avec un retour de quelques émigrants calabrais.
  7. À Riace, l’accueil a été géré avec des coûts inférieurs à ceux de tout autre centre, pour preuve la modicité des fonds engagés.

Continuer la lecture de « Sauvons le modèle de Riace – Roberto Saviano »

Participez à l’action « Laissez-nous étudier »

J’accueille l’étranger participe à une action initiée par Paris d’Exil, Timmy et RESF 75 pour défendre le droit inconditionnel des mineurs isolés, avant même la reconnaissance souvent tardive de leur minorité, à être scolarisés et passer les tests CASNAV et CIO qui sont nécessaire à leur futur parcours d’éducation et de formation. Ce droit qui se heurtait déjà souvent à des obstacles bureaucratiques est maintenant mis en cause frontalement notamment dans l’Académie de Paris, mais aussi dans d’autres zones comme les Pyrénées-Atlantiques. Il s’agit d’une violation flagrante de la Convention Internationale des Droits de l’Enfant ratifiée par la France il y a 28 ans, et de la présomption de minorité affirmée dans de nombreux textes.

cours associatif
cours associatif dans un lieu parisien (extrait du dossier de presse)

Voir le dossier de presse (avec tous les signataires de l’appel) présentant le contexte et l’action, dont le point de départ sera une mobilisation le vendredi 7 septembre de 10h00 à 12h30 devant le Lycée Voltaire, 101, avenue de la République, Paris 11è, avec de nombreuses activités proposées et un point presse. Si vous utilisez Facebook, indiquez votre participation ici.

Quand à l’heure de l’apéritif, arrive sur ta plage une patera…

C’est un beau texte de Violetta Munoz paru dans eldiaro.es.
On le trouve en VO ici : https://www.eldiario.es/…/Invasiones-derechos-humanos-cerve….
Je me suis permis de le traduire en français


Quand à l’heure de l’apéritif, arrive sur ta plage une patera…

Il est très probable qu’on connaisse déjà l’histoire de la patera arrivant sur une plage d’Andalousie, juste à l’heure de l’apéritif. Surprise, stupéfaction et épuisement, rencontre entre inconnus, arrestations, le coeur par terre. Mais on ne s’ennuie pas, il y a un bonus : pendant que la police surgit de derrière le dernier rocher qui les sépare, un des migrants enlève ses vêtements, se jette sur le sable, s’en frotte et rampe jusqu’à la serviette la plus proche, changé en un touriste de plus. Personne ne se tourne pour regarder, personne ne dénonce, personne ne veut qu’on le découvre.

Ce que nous avons vécu dimanche dernier dans une crique de Barbate peut bien se résumer ainsi : un accord tacite entre toutes les personnes qui profitaient d’un jour de soleil et de mer. Sans doute, les radios et les télés grouillaient en diatribes : avalanches, clandestins et frontières – pendant ce temps, une cinquantaine de personnes descendait, trempée jusqu’aux os, d’une embarcation gonflable face à une foule qui un instant, un instant seulement, hésitait avant de s’approcher pour aider.

Aujourd’hui j’ai été témoin de quelque chose qui se répète ces jours-ci sur les plages andalouses. Entre les pelles et les seaux, la petite bière de midi et les parasols, une cinquantaine de personnes est arrivée sur un bateau gonflable.

A suivre sur le fil Twitter de l’auteure, avec les photos : :

Continuer la lecture de « Quand à l’heure de l’apéritif, arrive sur ta plage une patera… »

Il n’existe pas de chemin sans terme

Je ne suis pas née en France. J’ai aussi souvent vécu à l’étranger (vécu, pas voyagé). J’ai donc souvent été accueillie.
Donc, née en Iran. Celle qui me sort de ma mère, qui détortille le cordon de mon cou, qui me tape dans le dos pour que je crie est une obstétricienne arménienne. Celle qui essuie le mucus de mon corps, qui l’aspire de mes narines est une sage-femme iranienne.
Tout s’ensuit. Ce que je vais prendre pour me constituer, c’est ce pays qui me le donne. Les yaourts de brebis dans leur pot de terre, les viandes, les fruits, les citrons doux, les aubergines charnues, la poésie, les petits rus clairs qui courent dans la caillasse, les cieux bleus comme nulle part, tous les bleus appris là-bas. Fathémée, aimée comme la mère qu’elle a été en doublure de la mienne. J’ai tout eu, tout pris. C’est mon devoir d’enfant.

Là où on tombe de l’utérus de sa mère, on est chez soi. C’est inimaginable pour moi d’envisager qu’un droit du sol ne s’applique pas strictement, comme dans la matérialité de la vie. Nous sommes tous accueillis par un sol, ce qu’il produit, ceux qui y vivent. Nous en contractons la dette anthropogénétique, car être accueilli par le fait même de naître et de naître dans une extrême dépendance, nous engage dans la réciprocité d’accueillir. Il n’y a pas d’échappée. C’est ainsi ou c’est la mort.

Tout pareil, accueillir l’étranger. Celui qui arrive démuni sur notre sol. Qui a besoin qu’on lui montre les chemins, qu’on lui donne le couvert. L’étranger est sur le sol qui n’est pas le sien comme celui qui vient de tomber en vie, petit, démuni de ressources propres. Non, l’étranger n’est pas le touriste qui a trouvé un Air B&B pour passer une semaine. L’étranger est celui qui arrive et qui n’a rien en propre. Ni la langue, ni l’argent, ni les ressources que la connaissance du lieu et de ses habitants donnent.
L’étranger est une figure absolue, nécessaire. Elle nous constitue du fait de la dette initiale.

On naît tous à l’étranger et chez nous, simultanément. C’est l’hospitalité qui fait de « étranger » un « chez nous ». Une transmutation. Moi j’ai eu cette chance, d’avoir, visible, le redoublement de « étranger ». Su ce que je devais d’emblée. Compris comment la dette ne se referme pas, elle dispose à s’engager ailleurs.

Ici, hier, où, parce qu’un ballon rond tombe comme une note sur une partition, on chantait à pleins poumons les enfants de la patrie, chantaient tout pareil et tout pareil le visage barbouillé de bleu blanc rouge, des enfants pas de la patrie, mais de l’accueil. Et ma seule joie de cette journée, la vraie, ce sont eux. Eux, et sur le terrain, ceux qui n’étaient pas d’emblée de la patrie, mais reçus sur le sol, naissant là où leurs parents étaient accueillis.
Et j’en aurais pleuré de me souvenir de tout ce qui leur a été infligé, aux enfants pas de la patrie, lorsqu’ils sont arrivés. Les nuits, terrorisés dans les parcs, les examens comme aux animaux, les questionnaires de police comme s’ils venaient nous voler quelque chose, alors que leur dû ne leur a pas été versé. Le dû qui n’est pas un devoir, qui est notre origine humaine.

J’ai vu, chez moi, dans cette grande ville riche, passer l’horreur de ce que nous faisons de notre dette humaine d’accueil. J’ai vu, cet hiver et jusqu’au début de l’été, un campement de deux milles personnes le long d’un canal. Il me reste de cela cette pétrification de ce qui ne peut se concevoir. Vu aussi l’eau coupée aux fontaines. Les évacuations, comme on dit du sale. Les pierres mises pour empêcher les corps de s’étendre. Le reniement de la dette humaine d’accueil. Son juste contraire, l’invention permanente de ce qui fait obstacle, entrave, blesse, heurte toute installation. Les corps qui devraient se recroqueviller jusqu’à disparaître.
Le déni de naître, d’avoir reçu une place dans le monde.

Alors, puisque nous ne sommes tenus à aucune obéissance qui ne soit celle qui constitue la vie, nous savons comment contredire ce qui offense cette vie. Nous savons, parce que nous avons pris et reçu. Alors, faisons.

Même si l’abri de ta nuit est peu sûr
et ton but encore lointain
sache qu’il n’existe pas de chemin sans terme.
Ne sois pas triste.

Chams al-Din Muhammad Hafiz

Jane Sautière

À propos de l’initiative « J’accueille l’étranger », de ses slogans et de son rôle

Pourquoi donc cette initiative ? De qui émane-t-elle ? Comment et pourquoi a-t-elle choisi ses slogans ? Quel est son rôle par rapport à celui des nombreuses organisations et collectifs actifs depuis longtemps pour défendre et aider ceux et celles qui cherchent refuge et accueil en Europe ? Risque-t-elle de faire l’objet d’une récupération politique ? Voilà les questions qui nous sont parfois posées, et auxquelles cet article – rédigé par un de ses initiateurs – tente de répondre. Continuer la lecture de « À propos de l’initiative « J’accueille l’étranger », de ses slogans et de son rôle »

Il n’y a pas de raison

Nous poursuivons la publication de textes exprimant les vues et l’implication d’initiatrices/teurs et participant.e.s à l’action en cours par un texte de Sylvie Gouttebaron.


Il n’y a pas de raison

Il n’y a pas de raison pour que notre besoin de poésie soit impossible à rassasier. Pourquoi faudrait-il payer le prix de cet attachement ? Il n’y a pas de raison à ce que notre soif de liberté ne soit pas la plus juste. La poésie est une de ces libertés qui se prennent sans retour possible. Qui voudrait qu’elle n’ait pas – ou plus – le droit de cité parce qu’elle ne coûte rien ? Qu’elle ne se vend pas ?

Mais elle est énorme la poésie ! Elle est grosse de tous ses enfantements splendides et misérables. Madone de Piero au manteau de miséricorde. Elle n’a rien à voir. Elle n’a rien à vendre. Elle vend sa peau. Elle pourrait crever pour ne pas se perdre. C’est un peu sa loi. Sa toute propre et congénitale loi. Il n’y a pas de raison. Qu’elle change. Il n’y a pas de raison parce que l’époque le voudrait. Quelle époque ? Quel pouvoir ? Et quel vouloir ? Elle est une fois pour toutes, ou elle n’est pas. Elle ne s’arrange pas avec le temps, la mode et tout le falbala. Elle trace, coupe, tranche, jamais ne se retranche. Il n’y a pas de raison. La poésie n’est pas économe, par plus qu’économique, elle dispense, dépense, sans compter. C’est son tragi-comique son humour intrinsèque, sa double et triple vie, sa peine. C’est bien ce qui dérange. Sa fonction est le trouble. C’est l’ordre qu’elle saisit. L’ordre et puis tous les ordres (syntaxes, ponctuations et toutes choses et tout joyeusement) pour jouer. A pile ou mort. C’est mordre. Elle, au fastueux désordre, désordonne à l’envi. Il n’y a pas de raison que cela cesse. Le pouvoir se cassera toujours toutes les dents contre sa force charmante, fringante, coupable de tout comme de rien. C’est compliqué. Rebelle retors. Nous ne passerons pas notre tour. Elle est Natnaël. Elle vient pour bousculer, faire sauter. Dans le vide on peut le faire pour voir. Une fois, dix fois, cent fois pour vivre. Avec Natnaël on vit et l’on revit. Il n’y a pas de raison pour que Natnaël comme ses frères ne puisse pas vivre comme la poésie, comme vous, comme moi. Libre. Ici libre. Il n’y a pas de raison sans perdre la raison. La poésie devient folle quand on la cadre recadre, clic clac et c’est le jour. Sa fabrique est immense. Comprendre la réduit, s’en détourner lui nuit. Elle a besoin de nous, veut et ne veut pas. C’est compliqué. Rebelle retors. Etre irréductiblement libre être dans la loi librement. Etre Natnaël dans la loi libre. Il n’y a pas de raison que cela ne se puisse. My papers dit-il et les papiers s’empilent comme si la loi était de s’empiffrer de papiers qui ne mènent nulle part qu’à la case départ. La poésie mange le papier, mange la loi. Souveraine. Elle est hors, toujours dedans quand dans le mille. C’est une flèche voyez la tapisserie elle le dit. Les liquidateurs de la poésie, les liquidateurs de Natnaël sont impuissants de liberté. Ils sont le contraire de la joie totale, de la joie gourmande, du rire de l’ogre bon. Ils sont le contraire du chaud, du froid, du sang. Ils sont déjà morts sans avoir jamais passé outre. Ils ne sauront donc jamais ce que c’est que d’enfreindre pour la vie. Ils n’ont pas de raison de. La poésie est un nom un peuple et c’est quelqu’un. Pas de pluriel plus magnifique qu’un être. Il y a le peuple des migrants dans le poème magnifique de chaque être. Natnaël est ce peuple. Pour lui j’écris comme pour elle je fais tout comme. Ils ont origine commune. Il n’y a pas de raison et nous avons raison. Avec eux et pour eux. Leurs contempteurs ne savent pas encore combien nous sommes nombreux. Et dans ce face à face, nos yeux sont les plus vifs.